Réinventer le monde

En cette époque de déraison, le simple choix de ne pas participer à la destruction accélérée de notre monde exige un très haut niveau de conscience. Aujourd’hui, réinventer notre rapport au monde, est un défi aussi exigeant qu’indispensable si nous souhaitons vivre en harmonie avec le vivant.

Femme soufflant sur un pssenlit

En effet, la mécanique même de notre système induit que les actes les plus fondamentaux de la vie : se nourrir, se loger, se déplacer, se chauffer, s’habiller… sont souvent porteurs de conséquences incroyablement néfastes.

Il suffit de prendre une chose aussi banale que le fait d’acheter des tomates au supermarché pour bien s’en rendre compte :

Illustration "le prix des tomates"

Imaginons que je ne sois pas très attentif aux cycles saisonniers, et que nous soyons hors de la saison de récolte (qui est de mai à octobre), j’ai donc le choix entre des tomates plus “locales” produites sous serres chauffées pour un bilan énergétique hallucinant

Illustration pour 1kg de tomates, il faut 1 litre de fuel

…Ou des tomates espagnoles. Or Celles-ci ont été produites, au sud de l’Espagne, dans la mer de serre qui couvre le désert de l’Almeria. Ces tomates ont donc parcouru des milliers de kilomètres pour arriver jusque là. Cela implique un impact énorme en terme de gaz d’échappement, mais aussi de production de flottes de camions pour maintenir un acheminement régulier.

Illustration disant : un camion brûle 800 l de Diesel pour aller d'Andalousie à Paris

Là-bas, les exploitants font travailler une main d’œuvre sans papiers, des humains qu’ils payent à peine assez pour assurer leur subsistance et qui vivent dans une misère financière, sociale et affective totale.

Mais cela ne s’arrête pas là. Les légumes sont irrigués en vidant les nappes phréatiques du pays entier, et de plus loin même, de France et du Portugal notamment.

Illustration il faut 184 litres d'eau pour faire un kilo de tomates

Ils sont arrosés d’engrais chimiques et de pesticides. La terre est empoisonnée, tout comme ceux qui consommeront les tomates et bien sûr, ceux qui les cultivent.

 

De plus, la génération de déchets estimée (plastiques, substrats hydroponiques…) est équivalente en poids à celle des légumes, 3 millions de tonnes à recycler par an. Pour 1kg de tomates acheté, 1 kg de détritus produit… La région est une vraie déchèterie à ciel ouvert.

 

Pour couronner le tout, l’argent dépensé au supermarché pour l’achat de ces tomates nourrit la multinationale qui détient cette enseigne, lui permet de faire pression sur les petits producteurs, et d’étouffer les commerces de proximité.

 

Un bilan terrifiant ; le prix à payer pour ce sac de tomates dépasse largement celui indiqué sur l’étiquette donnée par la machine.

ticket de caisse indiquant le coût environnemental des tomates

Pourtant, en achetant ces tomates, mon objectif était seulement de me nourrir. Jamais je n’ai souhaité contribuer à tous ces ravages.

Illustration représentant le terre comme une tomate pourrie

Cet exemple est hautement symbolique, une gymnastique mentale similaire amènerait au même résultat dans la plupart des cas : les actes essentiels, ceux qui sont censés être au service de la Vie, nourrissent la dévastation qui mène notre Terre au bord de la rupture. Notre société est conçue de telle manière que quasiment tous nos actes quotidien, tous nos fonctionnements normaux, servent cette destruction. Nous sommes malgré nous les co-auteurs de cette désolation.

Schéma reliant les besoins primaires comme se nourrir aux conséquences écologiques qu'ils ont

Mais alors, si personne ne le souhaite, pourquoi participons nous tous à cette tragédie ? Comment en arrive-t-on là ? Selon mes observations, ce qui nous permet de nourrir les malheurs de notre planète, c’est la distance. Je peux acheter cette chemise produite au Bangladesh car l’enfant miséreux qui l’a cousue n’est pas le mien, car la terre intoxiquée, gavée de pesticide, qui a accueilli les plans de coton OGM nécessaires à sa fabrication n’ont pas poussé dans mon jardin.

Illustration d'une fusée amenant les t-shirts d'una autre planète

Il y a une distance suffisante pour que mon cerveau ait la possibilité d’ignorer ces éléments. Même si intellectuellement je les connais, je peux, consciemment ou inconsciemment, choisir de ne pas y penser ; ce n’est pas sous mon nez.

On peut aussi utiliser des techniques de fuite :

Illustration : "Je n'ai pas le choix"

Cela peut sembler cynique, et ça l’est trop souvent ; pourtant ces arguments ne sont pas creux : acheter un vêtement trois fois plus cher car il est bio et produit éthiquement est un choix difficile. Respecter la Vie est un choix difficile aujourd’hui, tout nous incite à ne pas le faire… C’est pourtant ce choix, celui que chacun d’entre nous fera, qui décidera de ce que sera notre avenir.

Illustration une main tenant une tomate espagnole, l'autre notre planète saine et lumineuse

Il peut sembler y avoir quelque chose d’injuste là-dedans, tout semblait plus simple avant… Néanmoins, un cadeau immense nous est offert dans cette adversité, c’est le présent de la conscience. Dans notre société actuelle, être humain, j’entends par là respectueux de la Vie sous toutes ses formes, demande un niveau d’exigence extrêmement élevé et une conscience aiguisée.

Illustration : "celui qui suit cette voit en ressort grandi en sagesse"

Si l’humanité dans son ensemble se décidait à emprunter ce chemin, si chacun apprenait à prendre soin de l’autre et du Vivant dans son ensemble autant que de lui-même, alors nous vivrions un âge d’or comme nous n’en avons jamais connu. Cette opportunité est entre nos mains, ici et maintenant. Alors il est temps, plus que temps, de réinventer notre monde.

Ghandi achetant légume d'hiver au supermarché

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