Physique et métaphysique

Appréhender la nature de notre univers nécessite de faire appel à deux disciplines complémentaires : la physique et la métaphysique. La physique s’occupe de ce qui est expérimentable scientifiquement…

Illustration atomes - molécules - galaxies

… La métaphysique, de ce qui ne l’est pas. Elle touche à tout ce qui est “non réfutable”1La réfutabilité est un concept important de l’épistémologie. Une affirmation est dite réfutable s’il est possible de consigner une observation ou de mener une expérience qui, si elle était positive, entrerait en contradiction avec cette affirmation. La réfutation résout à la fois le problème de la démarcation et celui de la validité : une proposition réfutable est réputée être une hypothèse scientifique. Si elle est réfutée elle cesse d’être valide. Il suffirait ainsi de trouver un seul individu de Dodo encore en vie pour réfuter l’hypothèse de leur disparition. En revanche, une proposition non réfutable (irréfutable au sens logique) est catégorisée comme métaphysique (ce qui ne signifie pas qu’elle soit illégitime; ainsi en est-il des univers parallèles en 2016). Autre exemple : “tous les humains sont mortels” est non réfutable, et donc non scientifique, parce qu’il faudrait attendre un temps infini pour conclure négativement (constater l’existence d’un humain immortel) et que l’observateur, un humain, même s’il observait la mort de tous ses semblables, ne pourrait conclure positivement qu’après sa propre mort. Le fait qu’aucun humain observé n’a vécu plus de 130 ans prouve seulement que “tous les humains actuellement morts étaient mortels” (source : wikipédia)., c’est à dire ce dont on ne peut prouver ni la véracité, ni la fausseté. La métaphysique est donc littéralement a-scientifique. Pour autant elle n’est pas irréelle, au contraire, elle est prégnante dans notre expérience de la vie.

Illustration "L'univers est un phénomène métaphysique, ce qui ne t'empêches pas d'y vivre"

Même le point de vue athé-matérialiste, qui prône une origine hasardeuse et non consciente, est une supposition métaphysique ; improuvable scientifiquement. Néanmoins, le fait que la science ne puisse pas, par nature, se prononcer sur les phénomènes métaphysiques, ne nous empêche pas d’aborder ces derniers.

Illustration penseur d'univers

Reprenons l’exemple de l’origine de l’univers : les théories scientifiques s’arrêtent au Big Bang. Elles expliquent à quand celui-ci remonte, les différents phénomènes qui s’y sont probablement passés ; mais la cause du Big Bang, ce qui a déclenché cette immense explosion originelle, reste totalement inaccessible à la physique.

Pour autant cette dernière offre de sérieuses pistes de réflexion. On sait en effet depuis les années 80 que si notre univers a pu se développer comme il l’a fait, c’est parce que le réglage des différentes forces qui le régissent est d’une précision incroyable. Modifiez de manière infinitésimale l’une d’entre elles, et rien de tout ça n’existerait ; pas d’atomes, pas de galaxies, pas de vie2Les paramètres constitutifs de notre univers sont notamment donnés par les 4 grandes forces qui le régissent : la gravité, la force électromagnétique, la force nucléaire (ou nucléaire forte), et la force faible (ou nucléaire faible). De nombreux chercheurs ont calculé et répertorié les effets ravageurs de modifications, même infimes, des constantes de couplage de ces forces sur la complexité, c’est à dire la capacité à aller vers des formes de plus en plus complexes, comme la vie. A ces forces, on peut ajouter le nombre de dimensions spatiales (3 actives, la théorie des cordes, par exemple, en prévoit 9, mais repliées sur elle-mêmes, donc non actives). La vie n’aurait pu se déployer comme elle l’a fait si ce nombre avait été différent dans notre univers. Celui-ci possède une masse d’énergie-matière totale. Si celle-ci avait été autre, son destin aurait été totalement différent (par exemple, si la masse de notre univers avait été beaucoup plus élevée, celui-ci se serait recontracté en un Big Crunch (inverse du Big Bang) et notre univers aurait déjà disparu). A ces éléments il faut ajouter la découverte relativement récente de “l’énergie sombre” qui semble assimilable à une constante cosmologique, mais dont on ne comprend pas encore pleinement la nature. Je développerai plus certaines de ces notions dans de prochains articles

Citation Hubert Reeves

Mathématiquement, la probabilité que de telles conditions soient réunies par hasard est si infime qu’elle peut être considérée comme nulle. D’un point de vue philosophique donc, cette perfection du cosmos peut étayer l’idée qu’il y a un dessein, d’une volonté créatrice transcendante. Pour autant, cela ne la prouve pas (on peut d’ailleurs défendre une origine non-consciente, c’est à dire matérialiste, de tout ce qui est si on avance l’hypothèse qu’il y a une infinité d’univers3L’hypothèse serait la suivante : il y aurait une infinité d’univers avec des données cosmologiques variables. La quasi-totalité serait impropre à laisser la vie apparaître, mais nous, nous serions dans celui qui fait exception, ce qui nous donnerait l’impression, de notre point de vue limité, (nous ne pouvons pas voir tous ces univers “ratés”) que tout cela a un sens. ).

illustration lien science et métaphysique

On voit donc ici que la réflexion métaphysique s’appuie sur le bagage scientifique ; physique & métaphysique étant inextricablement liées dans toute tentative de proposer une cosmologie complète et cohérente. Il existe des théories métaphysiques qui excluent la physique, c’est à dire qui nient le bagage scientifique actuel4Le créationnisme est l’une des plus populaires aujourd’hui, par exemple, où encore la Terre plate (si, si, ça existe encore…). Or, selon moi, toute pensée profonde et honnête doit inclure le factuel dont nous disposons. Je crois donc que la science est une des bases fondamentales à la réflexion métaphysique, qu’elle nous aide à trier l’infinité d’hypothèses dans ce monde de l’invérifiable, et que nier les découvertes faites sur ce plan là est un non-sens; ce qui n’empêche pas de garder en tête que, bien que ce soit un de nos moyens d’expérimentation les plus fiables, la méthode scientifique ne garantit pas pour autant une vérité absolue ; rien ne peut le faire.

Note5l’univers est une illusion : cette affirmation nécessite de définir ce qu’on entend par le mot illusion. Ici on l’utilise dans le sens d’immatériel. Selon la physique fondamentale, l’univers est une réalité virtuelle. Il nous semble “solide”, mais il n’en est rien. Pour autant nous pouvons y vivre des expériences, celles-ci existent, sont tangibles. On pourrait faire l’analogie avec un jeu vidéo ; la ville que je construis dans mon jeu de stratégie n’existe pas en dehors de mon ordinateur, elle est illusoire, mais je vis une expérience en la créant. Résultat, mon expérience est réelle, alors que la ville ne l’est pas.

Cependant on peut aussi aborder la métaphysique par un autre biais que la philosophie : l’expérience. C’est ce qu’ont toujours fait les mystiques au travers des âges. Pour un vrai mystique, la transcendance n’est pas une croyance, c’est une sensation ; celle d’être toujours relié à tout ce qui est.

Au-delà de cette notion de transcendance, des millions de personnes dans le monde témoignent d’expériences “spirituelles” ; mémoires de vies antérieures, de prémonitions, télépathie… La liste est très loin d’être exhaustive.

Note6exemple de phénomène métaphysique décrit par une tradition (ici tibétaine) : les tulkous sont des lamas tibétains qui auraient acquis le pouvoir de se réincarner sans cesse volontairement. Il existe toute une théorie officielle sur ce sujet (pour plus de détails sur cet enseignement officiel et sur ses diverses doctrines, on trouvera une bonne bibliographie d’initiation dans Schnetzler, “De la mort à la vie”, Dervy 1995). Selon les textes, la réincarnation volontaire serait apparue au douzième siècle avec le Karmapa, pour se communiquer le siècle suivant au Dalaï-Lama et, grâce à eux, de nouvelles lignées se seraient multipliées par la suite. Officiellement, ces lamas seraient comme les Bodhisattvas qui renoncent à se retrouver dans leur nature de Bouddha pour continuer à aider par compassion le reste de l’humanité qui n’a pas encore obtenu sa réalisation. Certains Lamas peuvent, avant leur mort, donner des indications sur leur future réincarnation, oralement ou par écrit (zone, signe caractéristique, nom des parents …). Pendant la grossesse de la mère, la présence d’un tulkou est signalée par des rêves en clair ou symboliques. Sa naissance s’accompagne de phénomènes inhabituels (comme un arc en ciel…). Des épreuves sont imposées au jeune tulkou qui doit reconnaître, par exemple, ses anciens objets usuels (bol, livre, rosaire, écharpe, dorjé, cloche…) parmi d’autres semblables, etc. Des signes physiques ou des particularités corporelles peuvent être identiques. On note aussi l’exceptionnelle sagesse et précocité de ces enfants, qui “réapprennent” avec une extraordinaire facilité et dont la rencontre est souvent fascinante.” (Source : “Enquête sur la réincarnation”, par Marc-Alain Descamps).

Il convient de ne pas prendre chaque témoignage comme une vérité absolue (même dans un témoignage totalement honnête, chacun a ses prismes, ses biais de confirmation…). Néanmoins, il me semble tout aussi essentiel de ne pas les rejeter “a priori” pour autant. Cette connaissance empirique7Connaissance empirique : donnée ou connaissance acquise au moyen des sens, en particulier par l’observation et l’expérimentation. Une preuve empirique est une information qui justifie une croyance dans la vérité ou la fausseté d’une allégation. Du point de vue empiriste, on ne peut prétendre avoir une connaissance que lorsque l’on dispose d’une véritable croyance fondée sur des preuves empiriques. Ceci s’oppose au point de vue rationaliste selon lequel la raison ou la seule réflexion est considérée comme une preuve de la vérité ou de la fausseté de certaines propositions. Les sens sont la principale source de preuves empiriques. D’autres sources de données, telles que la mémoire et le témoignage d’autres que soi, remontant à une expérience sensorielle donnée, sont considérées comme secondaires, ou indirectes. Ainsi, si je fais une expérience de prémonition, j’ai une preuve empirique de la possibilité de la prémonition, mais si je la raconte à un autre, il n’aura qu’une preuve indirecte. Les preuves indirectes peuvent cependant prendre plus de poids avec l’accumulation et la concordance des témoignages. accumulée par l’humanité recèle bien des trésors potentiels qu’il serait dommage de rejeter par prisme idéologique. Le propos de cette section du blog sera donc d’explorer ces horizons métaphysiques dans une lecture incluante du bagage scientifique actuel.

References   [ + ]

1. La réfutabilité est un concept important de l’épistémologie. Une affirmation est dite réfutable s’il est possible de consigner une observation ou de mener une expérience qui, si elle était positive, entrerait en contradiction avec cette affirmation. La réfutation résout à la fois le problème de la démarcation et celui de la validité : une proposition réfutable est réputée être une hypothèse scientifique. Si elle est réfutée elle cesse d’être valide. Il suffirait ainsi de trouver un seul individu de Dodo encore en vie pour réfuter l’hypothèse de leur disparition. En revanche, une proposition non réfutable (irréfutable au sens logique) est catégorisée comme métaphysique (ce qui ne signifie pas qu’elle soit illégitime; ainsi en est-il des univers parallèles en 2016). Autre exemple : “tous les humains sont mortels” est non réfutable, et donc non scientifique, parce qu’il faudrait attendre un temps infini pour conclure négativement (constater l’existence d’un humain immortel) et que l’observateur, un humain, même s’il observait la mort de tous ses semblables, ne pourrait conclure positivement qu’après sa propre mort. Le fait qu’aucun humain observé n’a vécu plus de 130 ans prouve seulement que “tous les humains actuellement morts étaient mortels” (source : wikipédia).
2. Les paramètres constitutifs de notre univers sont notamment donnés par les 4 grandes forces qui le régissent : la gravité, la force électromagnétique, la force nucléaire (ou nucléaire forte), et la force faible (ou nucléaire faible). De nombreux chercheurs ont calculé et répertorié les effets ravageurs de modifications, même infimes, des constantes de couplage de ces forces sur la complexité, c’est à dire la capacité à aller vers des formes de plus en plus complexes, comme la vie. A ces forces, on peut ajouter le nombre de dimensions spatiales (3 actives, la théorie des cordes, par exemple, en prévoit 9, mais repliées sur elle-mêmes, donc non actives). La vie n’aurait pu se déployer comme elle l’a fait si ce nombre avait été différent dans notre univers. Celui-ci possède une masse d’énergie-matière totale. Si celle-ci avait été autre, son destin aurait été totalement différent (par exemple, si la masse de notre univers avait été beaucoup plus élevée, celui-ci se serait recontracté en un Big Crunch (inverse du Big Bang) et notre univers aurait déjà disparu). A ces éléments il faut ajouter la découverte relativement récente de “l’énergie sombre” qui semble assimilable à une constante cosmologique, mais dont on ne comprend pas encore pleinement la nature. Je développerai plus certaines de ces notions dans de prochains articles
3. L’hypothèse serait la suivante : il y aurait une infinité d’univers avec des données cosmologiques variables. La quasi-totalité serait impropre à laisser la vie apparaître, mais nous, nous serions dans celui qui fait exception, ce qui nous donnerait l’impression, de notre point de vue limité, (nous ne pouvons pas voir tous ces univers “ratés”) que tout cela a un sens.
4. Le créationnisme est l’une des plus populaires aujourd’hui, par exemple, où encore la Terre plate (si, si, ça existe encore…). Or, selon moi, toute pensée profonde et honnête doit inclure le factuel dont nous disposons. Je crois donc que la science est une des bases fondamentales à la réflexion métaphysique, qu’elle nous aide à trier l’infinité d’hypothèses dans ce monde de l’invérifiable, et que nier les découvertes faites sur ce plan là est un non-sens; ce qui n’empêche pas de garder en tête que, bien que ce soit un de nos moyens d’expérimentation les plus fiables, la méthode scientifique ne garantit pas pour autant une vérité absolue ; rien ne peut le faire
5. l’univers est une illusion : cette affirmation nécessite de définir ce qu’on entend par le mot illusion. Ici on l’utilise dans le sens d’immatériel. Selon la physique fondamentale, l’univers est une réalité virtuelle. Il nous semble “solide”, mais il n’en est rien. Pour autant nous pouvons y vivre des expériences, celles-ci existent, sont tangibles. On pourrait faire l’analogie avec un jeu vidéo ; la ville que je construis dans mon jeu de stratégie n’existe pas en dehors de mon ordinateur, elle est illusoire, mais je vis une expérience en la créant. Résultat, mon expérience est réelle, alors que la ville ne l’est pas.
6. exemple de phénomène métaphysique décrit par une tradition (ici tibétaine) : les tulkous sont des lamas tibétains qui auraient acquis le pouvoir de se réincarner sans cesse volontairement. Il existe toute une théorie officielle sur ce sujet (pour plus de détails sur cet enseignement officiel et sur ses diverses doctrines, on trouvera une bonne bibliographie d’initiation dans Schnetzler, “De la mort à la vie”, Dervy 1995). Selon les textes, la réincarnation volontaire serait apparue au douzième siècle avec le Karmapa, pour se communiquer le siècle suivant au Dalaï-Lama et, grâce à eux, de nouvelles lignées se seraient multipliées par la suite. Officiellement, ces lamas seraient comme les Bodhisattvas qui renoncent à se retrouver dans leur nature de Bouddha pour continuer à aider par compassion le reste de l’humanité qui n’a pas encore obtenu sa réalisation. Certains Lamas peuvent, avant leur mort, donner des indications sur leur future réincarnation, oralement ou par écrit (zone, signe caractéristique, nom des parents …). Pendant la grossesse de la mère, la présence d’un tulkou est signalée par des rêves en clair ou symboliques. Sa naissance s’accompagne de phénomènes inhabituels (comme un arc en ciel…). Des épreuves sont imposées au jeune tulkou qui doit reconnaître, par exemple, ses anciens objets usuels (bol, livre, rosaire, écharpe, dorjé, cloche…) parmi d’autres semblables, etc. Des signes physiques ou des particularités corporelles peuvent être identiques. On note aussi l’exceptionnelle sagesse et précocité de ces enfants, qui “réapprennent” avec une extraordinaire facilité et dont la rencontre est souvent fascinante.” (Source : “Enquête sur la réincarnation”, par Marc-Alain Descamps).
7. Connaissance empirique : donnée ou connaissance acquise au moyen des sens, en particulier par l’observation et l’expérimentation. Une preuve empirique est une information qui justifie une croyance dans la vérité ou la fausseté d’une allégation. Du point de vue empiriste, on ne peut prétendre avoir une connaissance que lorsque l’on dispose d’une véritable croyance fondée sur des preuves empiriques. Ceci s’oppose au point de vue rationaliste selon lequel la raison ou la seule réflexion est considérée comme une preuve de la vérité ou de la fausseté de certaines propositions. Les sens sont la principale source de preuves empiriques. D’autres sources de données, telles que la mémoire et le témoignage d’autres que soi, remontant à une expérience sensorielle donnée, sont considérées comme secondaires, ou indirectes. Ainsi, si je fais une expérience de prémonition, j’ai une preuve empirique de la possibilité de la prémonition, mais si je la raconte à un autre, il n’aura qu’une preuve indirecte. Les preuves indirectes peuvent cependant prendre plus de poids avec l’accumulation et la concordance des témoignages.